Forêts 2025 : les grands massifs tirent le marché vers un niveau record
Le marché forestier français signe une année exceptionnelle : 176 300 hectares échangés (+18,5 %), 2,17 Md€ de valeur totale, un bond de +53,6 % des transactions sur les massifs de plus de 100 ha. Analyse détaillée des volumes, prix régionaux, acquéreurs et conjoncture bois.

Le millésime 2025 du marché forestier français est spectaculaire. Selon le baromètre annuel du Groupe Safer, jamais autant d'hectares de forêt n'avaient changé de mains en une année : 176 300 hectares, soit 20 000 ha de plus que le précédent record de 2022. La valeur totale des transactions atteint 2,17 milliards d'euros et le taux d'ouverture du marché grimpe à 1,45 % 🌲.
Derrière ce chiffre global, une dynamique très particulière : ce sont les grands massifs de plus de 100 hectares qui font toute la différence. Volumes, surfaces, valeurs, géographie des acquéreurs et prix régionaux racontent une histoire cohérente - celle d'un marché qui se professionnalise et se concentre. Décryptage complet pour l'investisseur.
Un marché à un niveau jamais atteint depuis 1997
Le marché forestier progresse pour la deuxième année consécutive. Le nombre de transactions augmente de + 5,4 % (23 030 ventes) et surtout les surfaces échangées bondissent de + 18,5 %. En euros, la valeur totale gagne + 7,7 %, tirée par l'accélération des grandes ventes.
En volume échangé, la progression est sans précédent : 176 300 ha, un pic historique. Ce niveau traduit un basculement structurel - les grandes propriétés, longtemps peu échangées, se remettent en mouvement, portées par des logiques de gestion active (renouvellement, ESG, diversification patrimoniale).
Les massifs de plus de 100 ha : la locomotive de 2025
Un seul segment concentre l'accélération : les forêts de plus de 100 hectares. Il ne pèse que 1 % des transactions mais concentre désormais près d'un tiers des surfaces et des valeurs échangées. Sur un an, ce segment progresse de + 53,6 % en nombre, + 64,5 % en surface et + 33,2 % en valeur.
À l'autre extrémité, les forêts de moins de 10 ha dominent toujours largement le marché en nombre (89 % des transactions, 20 440 ventes, + 5,3 %) - traduisant l'appétit des particuliers pour de petites acquisitions d'agrément, de chasse ou de bois de chauffage. Mais leur part relative en surface et en valeur recule mécaniquement face à la poussée des grands massifs.
Enseignement clé pour l'investisseur : le marché forestier n'est plus un marché homogène. Il se scinde en deux réalités distinctes - un flux régulier de micro-parcelles familiales d'un côté, et de l'autre un marché de biens d'exception qui attire capitaux institutionnels et grands patrimoines.

Les biens non bâtis reprennent du poids dans la valeur totale
Autre signal marquant : la valeur des ventes non bâties augmente plus vite (+ 16,1 %) que celle des biens bâtis (+ 2,5 %). Résultat, la part des biens non bâtis dans la valeur totale du marché atteint 40,8 % en 2025, contre 37,8 % en 2024 et à peine un tiers historiquement.
Cela traduit une évolution du profil des acquéreurs : le foncier forestier « pur » (sans corps de ferme, sans maison de maître) est de plus en plus recherché pour ses seules qualités de production, de stockage carbone et de transmission patrimoniale - sans le poids du bâti à entretenir.
Un rebond très marqué à l'Ouest et dans le Nord-Bassin parisien
Toutes les régions progressent en nombre de transactions, mais deux se distinguent nettement. L'Ouest voit ses surfaces vendues presque doubler (+ 80,5 %, soit + 12 000 ha) et son nombre de ventes croître de + 10,4 %. Le Nord-Bassin parisien enregistre lui aussi un record, avec plus de 54 000 hectares échangés et une progression de près de 30 %.
À l'inverse, les régions méditerranéennes et corses reculent, dans un contexte marqué par les tensions climatiques (incendies, sécheresse) qui pèsent sur la liquidité de ces massifs. Le foncier forestier n'échappe pas à une géographie du risque - un critère désormais central dans toute analyse patrimoniale.
Prix des forêts : le Nord-Bassin parisien à 7 880 €/ha
Les prix restent tirés vers le haut par les grands massifs et par les régions à forte demande. Le classement 2025 par région est éloquent : le Nord-Bassin parisien confirme sa suprématie à 7 880 €/ha (+ 3,1 %), suivi de l'Ouest à 6 480 €/ha (- 5,9 %, une pause après plusieurs années de hausse), l'Est à 5 270 €/ha (+ 6,8 %, plus forte progression).
En bas de tableau, le Massif Central (2 850 €/ha), les Alpes-Méditerranée-Pyrénées (3 310 €/ha, - 11,5 %) et le Sud-Ouest (3 400 €/ha) offrent des tickets d'entrée plus accessibles - mais aussi une exposition différente aux risques climatiques et à la valorisation économique du bois.
Sur longue période, en euros constants, le prix moyen national des forêts a été multiplié par près de deux depuis 1997 : c'est l'une des progressions patrimoniales les plus régulières observées sur un actif tangible en France.
Les sociétés captent désormais la moitié des surfaces
La mutation la plus profonde du marché n'est pas dans les prix : elle est dans le profil des acquéreurs. Les personnes morales privées agricoles et forestières achètent 54 400 hectares en 2025 pour un solde net de + 47 400 ha, avec un lot moyen de 30 ha. Les personnes morales non agricoles (assureurs, foncières, holdings patrimoniales) ajoutent + 20 600 ha.
À l'inverse, les personnes publiques (ONF, collectivités) sont vendeuses nettes de 5 800 ha. Le foncier forestier français bascule donc progressivement du domaine public et des particuliers vers des véhicules privés mutualisés - dont les Groupements Forestiers d'Investissement sont l'expression la plus visible pour les investisseurs particuliers.
Autre marqueur de cette montée en puissance : sur les massifs de plus de 100 ha, 65 % des acquéreurs sont domiciliés hors région (+ 17 points sur un an). Le grand massif devient un produit patrimonial national, plus qu'un actif de proximité.

Conjoncture bois : chêne en repli, résineux en hausse
Le prix moyen du bois en 2025 fléchit de - 11 % après deux années stables à un niveau très élevé. Mais cette moyenne masque deux mouvements opposés : les résineux progressent fortement (épicéa + 23 %, sapin + 20 %) tandis que le chêne cède 36 %, revenant sur son niveau de 2021 après un cycle exceptionnel lié à la demande asiatique.
Côté risques sanitaires, une inquiétude nouvelle : le nématode du pin a été détecté pour la première fois en France dans les Landes en novembre 2025. Environ 36 000 hectares font l'objet de mesures d'éradication et de surveillance renforcée. Le rappel est clair : la forêt reste un actif vivant, exposé à des aléas biologiques et climatiques qui doivent être intégrés dans toute analyse d'investissement.
Implications pour un investisseur particulier
Trois enseignements se dégagent pour un patrimoine privé. D'abord, la rareté relative des grands massifs et leur captation par des sociétés justifient de passer par un Groupement Forestier d'Investissement (GFI) pour accéder à des biens de qualité supérieure à ceux qu'un particulier atteindrait en direct.
Ensuite, la dispersion géographique entre régions à forte valorisation (Nord-Bassin parisien, Ouest, Est) et régions plus exposées au risque climatique doit guider le choix du véhicule : un GFI mutualisé sur plusieurs massifs et essences réduit fortement le risque idiosyncratique par rapport à un achat en direct concentré sur une seule parcelle.
Enfin, la fiscalité reste un pilier : abattement de 75 % en transmission au titre du dispositif Monichon, réduction d'impôt DEFI Forêt (25 %) sur l'acquisition de parts éligibles, et absence quasi-totale de rendement financier taxable à l'IR - ce qui en fait un actif particulièrement adapté aux investisseurs déjà lourdement fiscalisés. Pour aller plus loin, notre analyse dédiée aux avantages fiscaux détaille les combinaisons possibles.
Source : Le prix des terres 2025 - édition 2026, Groupe Safer, Office National des Forêts (ONF), IGN, Service de la statistique et de la prospective (SSP) du Ministère de l'agriculture.
